SPICILEGE

C'est à voir!

26 avril 2008

L'ANONYMAT SUR INTERNET.

 écu de Saint-louis. Cabinet des Médailles. BNF, Paris
ecuStLouis

Après avoir lu l'article de Birenbaum sur Le Post concernant Amélie Nothomb et l'anonymat sur le net, ainsi que la plupart des commentaires dont quelques uns, mais peu, m'ont paru pertinents, j'ai voulu ajouter le mien; mais comme celui-ci s'allongeait, j'ai préféré en faire un billet à part entière, non définitif, quelques points abordés par les commentateurs étant par trop faussement affirmatifs et demandant de plus longues explications; je pense aux exemples d'écrivains ou d'artistes s'exprimant sous nom d'emprunt, tel Fernando Pessoa, ou ces musiques d'église dont nous ne connaissons pas les auteurs. Chacun d'eux demandent une exégèse historique pour éviter que s'immiscent dans les esprits de fausses hypothèses.

Je n'ai jamais lu une ligne d'Amélie Nothomb, et ce n'est pas le court extrait que j'ai pu déchiffrer, mais non expliciter, qui m'incitera à le faire. Déjà l'emploi du terme "empathie" me hérisse depuis la vingtaine d'années où il fut formé, et mal formé, par l'absurdité d'une psychologie à tout vouloir expliquer avec des mots bien à elle, sodomisant les coléoptères. Sympathie signifie exactement la même chose. Mais là n'est pas le sujet.

En revanche le thème qu'elle aborde et qui devrait être amplement discuté, est bien réel et m'exaspère aussi quelque peu. Peut-être développerai-je plus longuement ce thème un jour, ce qui me vaudra, encore une fois, la vindicte de certains.

Je n'aime pas l'anonymat d'une façon générale. Je n'aime pas l'anonymat d'internet en particulier, qui sous couvert de fallacieux prétextes, permet de dire les pires âneries et insultes mais aussi, heureusement, les meilleurs avis et compliments.

Je préfère un sous-préfet qui se fait virer pour avoir écrit sous son vrai nom un texte qui déplaît (Bruno Guigue au mois de mars, à Saintes) qu'un thuriféraire anonyme.

Je sais bien, vous qui me lisez en ce moment, et envers qui j'éprouve de la sympathie, que tout à coup un doute va venir assombrir vos pensées. S'il n'aime pas l'anonymat, que doit-il penser de nous? A vrai dire, rien, puisque je ne vous connais pas, je ne connais pas vos visages. Mis à part ceux qui m'ont fait le plaisir et la gentillesse de me contacter et dont je lis avec un autre regard les textes, les autres me sont étrangers et deviennent des abstractions, des êtres immatériels avec qui je communique comme dans une espèce de vide sidéral. Cela n'enlève rien à leurs qualités intrinsèques; ce qu'ils disent ou commentent me plaît ou non, c'est selon, comme à chacun. Mais il serait tellement plus agréable de mettre un visage, un sourire, une réalité sous un pseudo. Quelque chose de palpable, de tangible. Et cette habitude est tellement ancrée dans les esprits, que certains, malgré mon nom et ma photo, m'ont fait reproche de n'être également que pseudonyme. Le plus invraisemblable est que la plupart de ceux qui se masquent comme au carnaval, se récrient, vitupèrent, tempêtent, s'agitent et dénoncent cet autre anonymat qui fait que nos noms disparaissent peu à peu derrière des numéros, des codes, des matricules ou des empreintes qu'utilisent désormais les administrations. D'un côté ils veulent être reconnus en tant qu'êtres humains, individus, personnes physiques, mais de l'autre se cachent afin qu'on ne les reconnaissent pas.

J'avoue ne pas comprendre, ou plutôt j'imagine que cela permet toutes les outrances sans la crainte de représailles. En cela il y a erreur. J'imagine aussi que par pudeur, timidité ou humilité certains ne veulent apparaître. C'est infiniment estimable et respectable, mais j'en éprouve une réelle tristesse. Tout se passe désormais comme si nous vivions un monde imaginaire, virtuel. Les rencontres n'ont plus lieu. Boira-t-on bientôt un café par correspondance? Quoi de plus merveilleux que de faire connaissance, parler, refaire le monde, serrer une main, embrasser un visage, s'attarder, se balader; dans nos villes qui se désertent nous passons sans nous connaître.

Déjà nos enfants jouent au tennis, seuls devant un écran, en mimant les gestes. Bientôt nous ferons tout sans sortir de nos bulles, les yeux rivés sur des paysages d'artifice. Nous n'aurons plus de nom que celui d'une anagramme, d'une onomatopée, d'un sigle, d'une invention quelconque. Or le nom est l'héritage d'un long processus, afin que chacun puisse se distinguer des autres et que derrière ce nom apparaisse un visage, un être de chair, unique et irremplaçable. Et ce nom est éminemment respectable, devant être prorogé sans honte et porté avec honneur. Il représente notre passé mais aussi l'avenir des générations qui vont nous suivre . Il est le garant de notre perpétuité.

Qui se cache derrière un pseudonyme? Que craint-il? Quelle motivation le pousse et l'anime? Et je dois dire que mis à part quelques uns faisant un réel effort d'écriture, le laisser-aller des autres dans le style, l'orthographe et la prose, façon morse ou phonétique, me désespère. Ecrire sous son nom force à plus de respect, de recherche, d'inventivité . Céline, dont l'écriture paraît si naturelle, si différente, disait que pour un feuillet il en écrivait huit cents. Sans aller jusque là, un peu de travail éviterait ces logorrhées, ces diarrhées verbales que favorisent tous les postiches.

Lorsque l'orchestre s'arrêtait à la fin d'un bal masqué, les masques tombaient afin que chacun puisse reconnaître l'autre. C'était un jeu dont les règles se respectaient. Aujourd'hui on joue, mais sans règle. Or la connaissance parfaite de la règle permet une totale liberté. Les plus grands artistes apprennent les fondamentaux avant de s'en libérer et de s'exprimer. En cela ils acquièrent leur originalité.

Vous vous croyez libres, vous êtes les esclaves de votre anonymat. Vous n'êtes rien, dilués dans la masse de l'uniformité, de l'inconnu. Par quoi peut-on vous distinguer?

Posté par patrickpike à 23:19 - internet - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

D'accord!

Bonjour Patrick,

D'accord, c'est le titre et la totalité de mon comentaire sur l'anonymat.

Pierre.

PS: le post scriptum risque même d'être plus long que le commentaire. Je constate que votre adsl est rétabli, j'espère qu'il n'y avait aucun problème autre que technique à ce dérangement. Pour ce qui est de Nathalie Nothomb, je me demande même si son prénom n'est pas Amélie,je n'ai moi non plus encore rien lu d'elle, par contre à chaque fois que j'ai pu l'entendre ou la voir par télévision interposée, elle m'a été extrèmement synpathique, un discours brillant complétant cette impression.

Posté par pierre gaugain, 27 avril 2008 à 13:07

Réponse à Pierre

Bonjour Pierre et merci de votre commentaire.
Le prénom de N. Nothomb est Fabienne. Vous pouvez lire sa biographie sur son site (recherche sur Google ou Ixquick).
Je n'ai pas répondu à votre message sur Aimé Césaire, pour deux raisons.
1)Mon ADSL fonctionnait mal
2)je ne connais suffisamment son oeuvre.
Ce que je sais, en revanche, c'est qu'il aurait pu avoir le Nobel.
D'autre part, personnellement, je pense que sa dépouille devrait rester en Martinique.

Posté par Patrick PIKE, 27 avril 2008 à 15:44

Amélie Nothomb

Rebonjour Patrick, et heureux de voir que votre informatique est en bonne santé.

Pour ce qui concerne la dame Nothomb, je suis allé vérifier sur google, sa biographie, comme vous ma l'avez gentiment indiqué.

Pour une fois je crois avoir raison elle se prénomme bien Amélie.

Pour Aimé Césaire, j'ai trouvé une phrase de lui que je me permets de vous adresser.

En général les citations qui me "parlent" je les encadre et les accorche à mes murs, ce qui est un moyen pédagogique comme un autre, et pour moi un rappel constant de certaines vérités. Certains visiteurs peuvent ainsi se dispenser de lieux communs éventuels. Ainsi ai-je réserver un cadre à la pensée d'Albert Einstein que vous avez eu l'amabilité de rappeler dans l'un de vos précédents billets. Voici donc enfin cette phrase d'Aimé Césaire.

"Il nous faudra avoir la patience de reprendre l'ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait; la force d'inventer notre route et de la débarasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l'obstruent". - Aimé Césaire.

Elle me plaît bien et me rappelle un peu le fameux "tu seras un homme mon fils" de Kipling.

Bonne fin de dimanche

Pierre Gaugain

Posté par pierre gaugain, 27 avril 2008 à 19:08

Errare humanum est.

Vous avez raison Pierre, son prénom d'auteur est Amélie. J'ai corrigé.
En revanche son vrai prénom est bien Fabienne.
Merci pour la phrase d'Aimé Césaire; je ne la connaissais pas.

Posté par Patrick PIKE, 28 avril 2008 à 01:52

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